Villes-éponges
Traditionnellement, la gestion des ruissellements de surface en milieu urbain consistait à canaliser cette eau pour l’évacuer des villes le plus vite possible. Cependant, récemment, les urbanistes et les pouvoirs publics ont pris conscience des limites de ce principe. En effet, dans la pratique, ce concept revient à se débarrasser d’une ressource de grande valeur : l’eau.
La nouvelle approche consiste à concevoir une ville qui capterait tous les ruissellements d’eaux de surface en ville pour les réutiliser ultérieurement. Cela créerait un environnement urbain absorbant l’eau pour la libérer lorsque cela est nécessaire — à la manière d’une éponge.
Le concept de Villes-éponges
L’idée d’un environnement urbain respectueux des ressources hydriques a déjà été mise en application dans de nombreuses villes du monde entier à des échelles diverses via différentes approches, notamment les techniques alternatives et le développement à faible impact. La Chine favorise son concept de « ville-éponge » car la moitié des 657 villes chinoises connaissent des pénuries d’eau. Cela est dû à une gestion médiocre des ressources hydriques, associée aux changements climatiques et à l’augmentation rapide de la population urbaine. En 2013 uniquement, 230 de ces villes ont été touchées par des inondations.
Cette année-là, le président Xi Jinping se prononce en faveur du développement de villes-éponges. Début 2015, le Gouvernement central de Chine s’engage à verser des milliards de dollars au cours des trois années à venir pour convertir 16 villes (notamment Wuhan, Chongqing et Shenzhen) en villes-éponges.
Les avantages de l’approche des villes-éponges
Le principal avantage pour les populations est la création d’un environnement urbain plus agréable en matière d’esthétique et de qualité de vie. La conception des villes-éponges permet aux habitants de mieux profiter de leurs lieux de vie et de travail. Naturellement, la ville bénéficie en outre d’une utilisation bien plus efficace de ses ressources hydriques. Avec l’augmentation de l’urbanisation, si nous continuons à développer des villes ne prenant pas en compte le captage, le stockage et la réutilisation de l’eau, nous devrons nous attendre à plus d’inondations et à une pollution accrue menant à la mort biologique des rivières et des lacs. Dans le monde entier, il existe de nombreux exemples d’ingénieurs s’étant entêtés dans des solutions traditionnelles de gestion de l’eau qui ont constaté que les problèmes d’inondations et de pollution des eaux empiraient.
Cependant, certaines méthodes d’urbanisme respectueuses des ressources hydriques ayant énormément amélioré la qualité de l’environnement urbain et réduit l’incidence des inondations sont également observées.
Adoption difficile, mais résultats faciles
Le principe des villes-éponges est difficile à mettre en œuvre lorsqu’il s’agit de convaincre les pouvoirs publics et les collectivités de s’éloigner de la gestion traditionnelle de l’eau pour adopter un urbanisme respectueux des ressources. Toutefois, lorsque ce changement de mentalité s’opère, accompagné de la volonté de changer, les villes-éponges deviennent relativement simples à développer.
Uniquement en Chine, le concept va s’étendre bien au-delà des 16 villes de départ pour lesquelles le gouvernement central a alloué des fonds de l'aménagement. L’idée est pertinente pour les urbanistes du monde entier. De plus en plus d’États admettent en effet la nécessité de mieux gérer leurs ressources hydriques. L’augmentation de l’urbanisation, l’accroissement de la population et les changements climatiques continueront de stimuler des solutions de gestion des eaux plus efficaces, plus intelligentes et plus durables.
Quelques idées reçues
La première erreur en matière de conception de villes durables consiste à croire qu’il n’existe qu’une seule solution aux problèmes existants. Or, il n’existe aucun remède miracle. Les meilleurs aménagements durables sont ceux qui associent techniques d’ingénierie et caractéristiques naturelles.
Autre idée reçue : le coût des solutions. Cela est relativement infondé. D’ailleurs, est-il besoin de rappeler que la prévention est moins chère que la guérison ? L’eau est une ressource extrêmement importante ne pouvant être remplacée par aucune autre. Il appartient à notre société de préserver ce bien précieux.